Nina Almendine

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LA PART D’OMBRE DE L’ÉCRITURE

Masques

Nina Almendine interviewée par Camille Rémy, Auteure.

« Camille Rémy : Pensez-vous que parfois on court le risque d’aller vers la destruction et que le message qu’on cherche à transmettre soit négatif et porteur d’ombre ?


Nina Almendine - Je pense que toute cette voie évolutive effectivement comporte sa part de risque. Il y a parfois des passages difficiles à opérer. Cette alchimie passe souvent par le feu. Il y a un feu salvateur. Encore  faut-il pouvoir le traverser. Certains s’y brûlent. On a l’exemple de nombreux artistes qui y sont restés, brûlés. Je pense effectivement qu’il y a une part dangereuse dans ce processus créateur. Dans la vie elle-même, dans les chemins d’évolution. La part d’autodestruction peut-être qu’elle doit être justement traversée, en tous les cas assumée. Assumer la part destructrice ou la part sombre, la part d’ombre de l’acte d’écriture, de tout acte de création, en tous les cas inhérente à la vie.


CR - Est-ce que vous avez l’impression de la contrôler parfaitement votre part d’ombre à vous ?


NA - Je ne cherche pas à la contrôler, je cherche à l’accueillir quand elle survient, du mieux que je peux. Ce n’est pas toujours facile. Mais en tous les cas, je pense qu’il est dangereux justement de la fuir ou de chercher à la contrôler, contrôle dans le sens de main mise dessus, d’empêchement à être.


CR - Est-ce qu’il y a des écrits, vos écrits que vous avez détruits ?


NA - Oui ! Je suis aussi passée par là ! J’ai détruit une vingtaine de cahiers, de journaux de notes et je regrette. J’aimerais beaucoup… enfin, je sais ce que c’est, voilà. C’est comme un membre manquant maintenant chez moi.


CR - Donc vous ne le referiez plus.


NA - Non, je ne le pense pas.


CR - J’en viens maintenant au message que vous cherchez à transmettre quand vous écrivez. Pensez-vous qu’un écrivain, et ça aussi c’est un stéréotype que l’on a souvent en tête, pensez-vous qu’un écrivain produit toujours le même livre, inlassablement répété sous des formes différentes ?


NA - Non, je n’ai pas cette idée. Je pense qu’effectivement c’est un préjugé.
En fait, ce que l’écrivain fait, c’est se créer lui-même. Chaque livre va aller dans ce processus de création, vers ce processus d’individuation. Chaque livre serait un petit peu comme une peau qui mue et qui lui permet d’aller encore plus dans la création de lui-même. »

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