Nina Almendine

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UNE JOURNÉE D’ÉCRITURE

Ordinateur blanc main cahier stylo

Nina Almendine interviewée par Camille Rémy, Auteure.

« Camille Rémy : Avez-vous des petits rituels d’écriture, des actions que vous faites systématiquement ?

Nina Almendine - Les journées se déroulent dans un ordre apparemment monastique : lever assez tôt, découpage de la journée en quatre ou cinq phases d’écriture, entrecoupées de moments de la vie simple comme de cuisiner, prendre un bain, faire quelques étirements, pourquoi pas chanter. Mais en tous les cas, c’est vrai qu’il y a un petit peu dans ces journées de création quelque chose de oui, de monastique, mais en tous les cas dans l’intérieur de la journée c’est vivant, c’est parfois même joyeux.

CR - Est-ce qu’on écrit quand on n’écrit pas, c'est-à-dire est-ce qu’il y a des passages, des phrases qui vous viennent quasiment toutes faites justement quand vous êtes en train de cuisiner ou de prendre un bain ?

NA - Oui tout à fait, ces petites actions toutes simples accompagnent pleinement le processus d’écriture parce que, pendant ce temps là, il peut arriver qu’on ait une magnifique inspiration.

CR - Est-ce que vous avez l’impression que les conditions dans lesquelles vous écrivez ont évolué depuis le début, depuis la première fois que vous avez pris un stylo ?

NA - Pour ce qui concerne des conditions et de l’organisation de l’acte d’écriture non. Par contre son vécu, sa mise en forme, la manière dont je le vis oui ça a évolué. Ça a évolué dans un sens de plus de fluidité. C’est plus fluide maintenant que ça l’a été à une certaine époque.

CR - Est-ce que l’acte d’écriture cela peut être quelque chose de douloureux, qui fait mal ?

NA - Je ne pense pas qu’écrire soit forcément un acte douloureux. Ça peut être même un acte très, je parlais de joie tout à l’heure, ça peut être effectivement un acte très joyeux. Par contre il est évident qu’écrire peut nous amener à traverser des moments très douloureux. Il faut aussi faire la part des différentes formes de souffrance, que ce soit une souffrance vécue à la difficulté de créer, ça c’est une forme de souffrance. Que ce soit une souffrance liée à ce que l’on est en train de traiter, c’est différent. Oui, l’écriture a cette part de douleur parfois, mais pas systématiquement.

CR - Est-ce qu’écrire ça n’est pas de temps en temps aussi pousser vers le vide, c'est-à-dire s’isoler du réel, se couper du monde ?

NA - Dans l’acte d’écriture, il y a le fait de rejoindre le réel, c'est-à-dire de puiser sa source d’inspiration dans le réel. Il y a également une forme d’écriture qui s’extrait de ce réel. Ça peut être ces deux formes simultanées dans la même création. Hormis les cas pathologiques où il y a une  fuite du réel, je pense que ces deux actions se rejoignent. »

 

UNE JOURNÉE D’ÉCRITURE

Ordinateur blanc main cahier stylo

Nina Almendine interviewée par Camille Rémy, Auteure.

« Camille Rémy : Avez-vous des petits rituels d’écriture, des actions que vous faites systématiquement ?

Nina Almendine - Les journées se déroulent dans un ordre apparemment monastique : lever assez tôt, découpage de la journée en quatre ou cinq phases d’écriture, entrecoupées de moments de la vie simple comme de cuisiner, prendre un bain, faire quelques étirements, pourquoi pas chanter. Mais en tous les cas, c’est vrai qu’il y a un petit peu dans ces journées de création quelque chose de oui, de monastique, mais en tous les cas dans l’intérieur de la journée c’est vivant, c’est parfois même joyeux.

CR - Est-ce qu’on écrit quand on n’écrit pas, c'est-à-dire est-ce qu’il y a des passages, des phrases qui vous viennent quasiment toutes faites justement quand vous êtes en train de cuisiner ou de prendre un bain ?

NA - Oui tout à fait, ces petites actions toutes simples accompagnent pleinement le processus d’écriture parce que, pendant ce temps là, il peut arriver qu’on ait une magnifique inspiration.

CR - Est-ce que vous avez l’impression que les conditions dans lesquelles vous écrivez ont évolué depuis le début, depuis la première fois que vous avez pris un stylo ?

NA - Pour ce qui concerne des conditions et de l’organisation de l’acte d’écriture non. Par contre son vécu, sa mise en forme, la manière dont je le vis oui ça a évolué. Ça a évolué dans un sens de plus de fluidité. C’est plus fluide maintenant que ça l’a été à une certaine époque.

CR - Est-ce que l’acte d’écriture cela peut être quelque chose de douloureux, qui fait mal ?

NA - Je ne pense pas qu’écrire soit forcément un acte douloureux. Ça peut être même un acte très, je parlais de joie tout à l’heure, ça peut être effectivement un acte très joyeux. Par contre il est évident qu’écrire peut nous amener à traverser des moments très douloureux. Il faut aussi faire la part des différentes formes de souffrance, que ce soit une souffrance vécue à la difficulté de créer, ça c’est une forme de souffrance. Que ce soit une souffrance liée à ce que l’on est en train de traiter, c’est différent. Oui, l’écriture a cette part de douleur parfois, mais pas systématiquement.

CR - Est-ce qu’écrire ça n’est pas de temps en temps aussi pousser vers le vide, c'est-à-dire s’isoler du réel, se couper du monde ?

NA - Dans l’acte d’écriture, il y a le fait de rejoindre le réel, c'est-à-dire de puiser sa source d’inspiration dans le réel. Il y a également une forme d’écriture qui s’extrait de ce réel. Ça peut être ces deux formes simultanées dans la même création. Hormis les cas pathologiques où il y a une  fuite du réel, je pense que ces deux actions se rejoignent. »

 

UN VÉCU CRÉATIF

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Nina Almendine interviewée par Camille Rémy, Auteure.

« Camille Rémy : De quelle manière vous servez-vous de votre vécu pour écrire, concrètement ?

Nina Almendine - Concrètement. Je prends énormément de notes sur, voilà, des idées, des inspirations, des vécus. Je vais utiliser ces notes pour bâtir ensuite une œuvre donnée. Donc ça va être l’utilisation de mon vécu pour servir la création. Mais également celui que d’autres vont venir m’apporter entre guillemets, soit directement, soit que j’ai été témoin de.

CR - Et parfois est-ce qu’on utilise des éléments de son vécu pour s’en venger ?

NA - Pour s’en venger ? Pourquoi pas. Je pense qu’il y a une forme d’agressivité dans l’acte d’écrire. Agressivité qui, dans le meilleur des cas, va au service de la vie.

CR - Est-ce que vous utilisez le contenu de vos rêves. Et si oui, de quelle manière ?

NA - J’ai toujours été très sensible à mes rêves, en tous les cas j’ai eu des rêves bien souvent très marquants. Donc je suis tout à fait attentive à mes rêves. D’ailleurs je dors tout le temps avec un carnet de notes à proximité. J’ai conscience de la fragilité des rêves. On peut ne pas se souvenir d’un rêve dont on était persuadé qu’on allait se souvenir lorsqu’on le faisait. Et au réveil : paf ! C’est déjà envolé ! C’est pourquoi je note. Hormis les rêves qui sont vraiment marquants et dont vous vous souviendrez pendant de longues années. J’ai des carnets dédiés à ces rêves. Dans mon écriture je ne les utilise pas systématiquement, bien que je pense que  qu’il y a des rêves qui pourraient vraiment constituer une nouvelle, ou carrément une œuvre.
Il suffit de déployer tout ce que ça contient en germe. Mais il m’est arrivé par exemple de me mettre à l’écrit d’un texte comme si ça m’était demandé dans un rêve. Donc j’écoute oui, je suis attentive à ces messages. »

 

UNE ALCHIMIE OPÈRE

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Nina Almendine interviewée par Camille Rémy, Auteure.

« Camille Rémy : Êtes-vous d’accord avec l’idée qu’un écrivain est un alchimiste qui transforme par son imagination le réel en fiction ?

Nina Almendine - J’apprécie beaucoup cette image d’alchimiste donnée à l’écrivain. Je l’apprécie d’autant que j’estime que toutes les notes que je prends sont de la matière brute. Mais non seulement mes notes. Au-delà de mes notes la vie nous offre, à nous les écrivains, une véritable matière brute à transformer. Extraire de cette matière brute la pépite qui va former la création littéraire finie.

CR - J’ai évoqué la métaphore de l’alchimiste et qui dit alchimiste dit laboratoire. Quand on s’imagine un écrivain en plein travail, en général, le stéréotype qui vient en tête, c’est un bureau, des feuilles de papier, éventuellement un ordinateur, une tasse de café. Vous, votre laboratoire, où écrivez-vous et quels sont vos lieux de prédilection ? Y a-t-il des lieux plus favorables que d’autres à l’écriture ?

NA - En ce qui me concerne, j’aime beaucoup écrire dans mon environnement, c'est-à-dire être chez moi, à mon bureau, et écrire dans mon cadre. J’ai beaucoup de mal à m’extraire de ce cadre, sauf pour prendre des notes, là je peux en prendre partout. Donc c’est chez moi, à mon bureau, parmi mes objets et ce qui m’appartient, c’est là où je me sens bien. Je fais un parallèle entre l’écriture et le voyage, le fait d’être en mouvement. J’ai besoin de cet ancrage chez moi où je suis en position de pouvoir partir dans le voyage qu’est l’écriture.

CR - Ça signifierait que vous ne pourriez pas écrire par exemple en déplacement d’un lieu à un autre, dans un bateau, dans un avion, dans un train ?

NA - C’est un point d’évolution pour moi de pouvoir créer une œuvre - je ne parle pas de la prise de notes ou d’idées - lorsque je suis à l’extérieur de chez moi, dans un avion, dans un train, mais bon peut-être que ça viendra !

CR - Vous pensez que c’est quelque chose qui vous manque ? Ou bien après tout…

NA - J’admire les écrivains qui peuvent écrire dans un café, où qu’ils soient, pour lesquels l’environnement extérieur n’est pas déterminant.

CR - Avec la notion d’ancrage, est-ce que vous incluez nécessairement la notion de silence et de solitude ?

NA - Le silence pour moi n’est pas l’absence de mots. C’est plutôt une ouverture dans laquelle il va y avoir un langage qui va se manifester de façon différente que dans un contexte bruyant. Il va y avoir comme une révélation d’un langage particulier qui se fait. Le silence est important pour moi. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne soit pas accompagné d’une musique.  Donc c’est un peu paradoxal : je vous parle de musique et de silence à la fois. Est-ce que les musiques sont silencieuses ? Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, mais elles peuvent accompagner ce qui émerge de ce langage intérieur. Vous parliez de solitude, oui écrire est un acte solitaire. Je pense que ce n’est pas un isolement. Effectivement il y a la nécessité de solitude mais qui est contraire à l’isolement.

CR - Cette solitude est-elle parfois pesante ? Est-ce que c’est une solitude qui donne envie de ne plus écrire justement ?

NA - Elle peut représenter quelque chose de pesant. Je pense que lorsqu’on est vraiment dans le mouvement de l’écriture, cette question ne se pose plus. Mais lorsqu’on est dans les doutes, dans l’angoisse de son questionnement créatif ou dans des moments comme ça où on n’est vraiment plus connecté et présent à ce cheminement, ce mouvement - parce que c’est vraiment de l’ordre d’un mouvement d’écriture - là ce genre de sentiment de solitude, d’envie d’arrêter ou de solitude qui pèse, à ce moment là n’est plus présent. Et c’est d’ailleurs pourquoi on continue d’écrire.

CR - Vous avez parlé de silence qui peut être musical, de musique. J’ai envie de vous demander si pendant le processus de création, quand vous êtes en train de travailler, vous avez besoin de lire vos textes à voix haute, de vous entendre, d’entendre vos textes ?

NA - Je ne lis jamais mes textes, je ne lis jamais mes textes à voix haute. Je les lis dans une sorte de lecture silencieuse. »

 

SUPPORTS D’ÉCRITURE

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Nina Almendine interviewée par Camille Rémy, Auteure.

« Camille Rémy : J’ai envie de vous demander si le support de l’écriture compte, si vous n’écrivez pas de la même manière en fonction du support. Est-ce qu’il y a des supports sur lesquels vous ne pourriez pas écrire ?

Nina Almendine - Je vous remercie de poser cette question de la présence du physique, du sensoriel dans l’écriture. Pour moi écrire relève totalement de cette expérience alors qu’il y a une image purement intellectuelle et mentale de l’acte d’écrire. Je pense que ça passe aussi, et peut-être vraiment d’une façon instinctive par le corps. J’ai effectivement depuis des années une intimité avec le papier, le papier de préférence lisse sur lequel j’écris au crayon noir, enfin au critérium plus précisément, à la mine en tous les cas, parce que ça glisse bien. Ça peut permettre une écriture très relâchée, donc c’est parfait pour accompagner le mouvement de l’inspiration. Ça peut poser des problèmes parce que la gomme peut tout effacer, mais bon j’assume ! Et ensuite effectivement je travaille sur ordinateur.

CR - Est-ce que le rapport à un texte manuscrit sur papier est le même que
le rapport à un texte qui serait à l’écran sur l’ordinateur ? Ou est-ce que vous sentez une distance qui n’est pas la même dans les deux cas

NA - Ce n’est effectivement pas la même chose. Ce que j’apprécie sur l’ordinateur c’est la rapidité avec laquelle ça va, le fait de donner forme typographique au texte, ça je l’apprécie, la rapidité. Je suis très rapide dans ma prise de notes avec une écriture que je suis pratiquement la seule à pouvoir relire. Mais voilà, ce n’est pas le même rapport. Il peut y avoir un aspect trompeur sur l’apparence du texte, je dis bien l’apparence du texte sur l’ordinateur, qui peut donner l’impression d’un texte déjà fini alors que ce n’est pas le cas. C’est juste une ébauche, parfois il peut y avoir quelque chose de trompeur. Alors je joue avec les couleurs, entre le premier jet, le second jet, pour différencier et me dire que je suis toujours en train de polir le texte. »

 

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